Territoires, saisons et acteurs touristiques : Quelles complémentarités pour un tourisme durable?
Bilan synthèse de la 18ème université du tourisme rural.
Plus de 360 congressistes se sont réunis du 24 au 26 septembre 2008 à Fougères pour la 18ème université d'été du tourisme rural, co-organisée par Source - centre national de ressources du tourisme et du patrimoine rural – la FRPATB et le Pays Touristique de Fougères. Les échanges ont permis de déterminer quelques clés du rééquilibrage des flux touristiques dans les territoires. Le milieu rural sait aussi être attractif !
Ville, campagne, littoral, montagne : chaque touriste a ses propres envies et ses moyens propres (financiers, d’information, de voyager…), variant d’une destination à l’autre. Le tourisme en espace rural reste saisonnier, lié aux habitudes des touristes de partir principalement en été. Les paysages sont aussi des facteurs d’inégalité des flux sur un même territoire : collines, courts d’eau, forêts, chemins, etc. maillent les territoires et orientent les touristes. Les richesses patrimoniales ou environnementales guident et attirent, tout comme la présence de transports, hébergements ou services. La prise en compte ou non, du handicap, ou des difficultés économiques, est aussi susceptible de faire office de sélection.
Tous les territoires ne voient donc pas le tourisme se développer de manière équitable et/ou équilibrée, selon la période de l’année, selon le lieu, selon la densité des opérateurs touristiques (privés ou publics)... Qu’est-ce qui provoque ce déséquilibre, mais surtout comment y remédier ?
Créer ou organiser des activités afin de « déspatialiser » et « désaisonnaliser » l’offre touristique semble être la solution convenue entre les acteurs touristiques. Mais concrètement, comment faire ?
Telles sont les questions qui ont guidé pendant ces trois jours les échanges des congressistes (élus, techniciens, consultants, prestataires, formateurs, étudiants…).
La Bretagne, confrontée à une attraction forte des littoraux et des pôles urbains, a fourni au cours de cette université d’été matière à réflexion : de multiples initiatives privées ou publiques ont en effet fleuri en « Bretagne intérieure ». La Gacilly, Mellé, la Baie du Mont-Saint-Michel, le Pays de Fougères et son Parc floral, Paimpont et la forêt de Brocéliande, qui ont fait l’objet de visites de terrain, furent autant de lieux de prédilection pour découvrir des propositions touristiques fondées sur le patrimoine des territoires et la volonté des acteurs locaux.
Les mots clés de la rencontre : complémentarité, solidarité, durabilité et cohérence. Autant de leitmotive repris, durant trois jours, pour offrir des alternatives à une concentration excessive au regard de la capacité des territoires (environnement, infrastructures, habitants, …). Les échanges lors des ateliers, visites ou séances plénières ont ainsi mis en avant, au profit des acteurs du tourisme, des points d’entrée vers un « tourisme d’intérieur » durable.
Leadership et synergie d’acteurs. Le témoignage de la famille Rocher, créatrice de l’entreprise éponyme dans le village de La Gacilly, ou celui de Claude Duval, agriculteur dans le village de Mellé, a montré toute l’importance de la présence d’un leader pour développer un territoire attractif et accueillant. La présence d’un homme, d’une femme ou d’une structure ayant la capacité de mobiliser des fonds pour financer les projets est indispensable. Mais faut-il encore créer des synergies entre les acteurs locaux pour développer une offre cohérente et complémentaire sur son territoire.
Prendre le temps. Discuter et expliquer un projet aux parties prenantes est fédérateur des énergies ; les participants de l’Université ont été unanimes sur ce point. Il s’agit de se concerter et de co-construire le projet. Cette démarche permet aux acteurs locaux de prendre leur place dans la construction d’une offre durable sur le territoire. Les participants ont toutefois admis que l’urgence de la situation de certains territoires ruraux exigeait, dans un premier temps, le temps de l’action plutôt que le temps du dialogue.
Repenser la mobilité. En matière de déplacement, nos pratiques touristiques sont-elles durables ? La majorité des participants ont semblé répondre « non » en prônant l’accroissement de l’aménagement des voies vertes, véloroutes, et canaux. Par ailleurs, le témoignage d’Esteban Dormeau, propriétaire d’un gîte et de tables d’hôtes en Ille-et-Vilaine a suscité des interrogations quant à la mobilité des touristes : plus de la moitié de ses clients habite dans un rayon de 5km ! Un territoire doit-il dès lors rechercher absolument une clientèle nationale voire internationale ?
Le pilier social. Si l’environnement reste l’élément principal des réflexions lorsque l’on parle de développement durable, les échanges ont aussi mis en avant la nécessité de bien intégrer les trois dimensions de la durabilité (environnement, économie et social). Le social est en effet souvent le parent pauvre du « triangle durable ». Par exemple, il n’est pas très durable de construire une infrastructure disproportionnée, au regard du territoire et de la protection de l’environnement, et de payer au SMIC des diplômés bac + 5 pour y travailler. De même, prendre uniquement en compte l’environnement pour développer son territoire n’est viable ni économiquement ni socialement.
L’habitant. La question de la place des habitants a aussi été abordée au cours des échanges. Le tourisme rural est en effet considéré par les congressistes comme un outil de développement local. Or si une population vit bien sur son territoire, celui-ci n’est-il pas davantage ouvert à l’accueil, et l’habitant en voie de devenir son meilleur ambassadeur ? Ainsi, les congressistes ont souhaité remettre en avant cette notion de développement local. La présence de services (commerces, écoles, infrastructures…) est en effet essentielle à la vie en milieu rural et à la création d’une offre touristique durable sur le territoire ; le tourisme pourrait alors permettre une partie de leurs financements.
Ces trois jours ont permis à l’ensemble des congressistes d’entamer une réflexion et de construire de manière collective, des solutions aux déséquilibres vécus au sein de chaque territoire.
Il nous reste à nous, acteurs touristiques bretons, privés et publics, de poursuivre la réfléxion collective engagée par le Schéma et de poursuivre nos efforts dans des actions solidaires pour faire en sorte que les touristes aient envie de se déplacer d’un Pays à un autre et qu’ils sachent parfaitement ce qu’ils sont venus faire là !
UE 2008 en chiffres
• 2008 : 367 participants présents dont 191 bretons -
2007 : 266 participants – 2006 : 247 participants
• Comité organisateurs UE : 20 pers + 7 Pays Touristiques sur les visites terrains -
• Nombre d’intervenants (plénière + mini-conférences + visites - terrain) : 65 personnes
Nous souhaitions souligner la forte mobilisation des bretons pour cette manifestation et également remercier les intervenants qui ont contribué à la réussite de ces Universités.
Retombées économiques sur le territoire de Fougères
• Hébergements : 450 nuitées soit 20 500 €
• Restauration : 18 000 €
• Commerce local > 5500 € - Paniers du terroir, achats divers, week-ends gagnés –
• Location salle > 2000 €
• Transports : navettes, cars à la journée > 3500 €
• Total estimé à 51000 € - Renseignements au Pays Touristique de Fougères -
Evènement soutenu financièrement en Bretagne par Le Conseil Régional, le Conseil Général d’Ille et Vilaine, Fougères Communauté, la ville de Fougères et la Caisse de dépôts et des consignations de Bretagne.